11.02.2007

Pendant ce temps.. (par Fanny)

medium_gasl_petit_journal_a_1890.3.jpgPendant ce temps, rue d’Enghien…
Samedi matin, le Réseau Education Sans Frontières a organisé une « sortie d’école pas comme les autres » à deux pas du QG de Sarkozy parce que « cette présence encombrante met en péril la vie des personnes vivant dans le quartier et notamment certains parents des enfants » des écoles du coin. Ce jour-là, le ministre-candidat, devait se trouver à Argenteuil. Finalement, il a préféré venir rencontrer ses militants et par la même occasion, ces habitants du Xème desquels il souhaitait se rapprocher…Mais, il a une drôle de façon de venir à la rencontre des gens, Sarkozy…Une heure avant son arrivée, le rue d’Enghien était envahie de camionnettes de flics, CRS ou autres gendarmes. Progressivement, les rues alentours ont connu le même sort. Entre les civils, les RG, et les flics en habits, on aurait pu croire à une insurrection…Mais non, tout ça, c’était pour un seul homme ! Aurait-il peur, Sarkozy ?
Pendant qu’il se trémoussait devant journalistes et militants dans sa tour d’ivoire surprotégée, nous étions 300 à quelques mètres de là : des parents, des enfants, des militants associatifs et politiques à réclamer la régularisation des sans papiers, à crier contre les rafles et les expulsions…Pour le coup, même si le bleu était la couleur dominante de ce samedi matin, c’est notre voix qui a été entendue et elle continue de se renforcer. Ensemble, rassemblés contre Sarkozy, il n’y avait rien à dire : on se sentait en sécurité…

Pendant ce temps, rue d’Enghien…
Après le rassemblement, il a fallu rentré chez soi. Afin de mieux protéger Sarkozy, des cordons de flics s’étaient alignés à l’entrée de la rue : il ne fallait pas que les manifestants aillent jusqu’au QG…C’est vrai, dès fois qu’on l’envahisse et qu’on décide de l’occuper…Bon. Mais, la manif terminée, c’est au moins, jusqu’à 16h qu’ils sont restés, à faire le pied de grue, les uns à côté des autres…Lorsque j’ai décidé de regagner mon appartement, ma carte d’identité n’a pas suffit car elle n’indique pas mon adresse actuelle : il a fallu que je montre mon attestation d’assurance maladie. Une autre habitante portait un badge RESF : il n’ont pas voulu la laisser passer tant qu’elle ne le retirait pas…Ca veut dire quoi : il n’aime pas les autocollants, Sarkozy ? Ou tout simplement, il n’aime pas les gens qui ne pensent pas comme lui et souhaite les empêcher de s’exprimer…Alors, nous, on est obligé de voir son énorme slogan de campagne déployé sur toute la longueur de son QG, mais, lui, il refuse que l’on porte des autocollants exprimant nos opinions.
A Sarkoland, il n’y a rien à dire : on se sent en sécurité…

05.02.2007

Pendant ce temps... (par Fanny)

medium_gasl_petit_journal_a_1890.jpgPendant ce temps, rue d’Enghien…
Depuis quelques semaines, dans ma rue, j’avais remarqué une présence anormale de flics. En permanence, devant les locaux de Paco-Rabanne, il y en avait un qui faisait le pied-de-grue…Connaissant la politique ultra-sécuritaire du gouvernement, je ne m’étais pas posé plus de questions, lorsque, samedi, les bras chargés de courses, des flics interdisent l’accès de ma rue : «voiture piégée », nous dit-on. Des discussions s’enclenchent. Une vieille dame m’affirme que tout ça, c’est de la faute de Sarkozy parce qu’il a décidé d’installer son QG à Paco-Rabanne. Moi, surprise, je lui réponds : « Sarkozy, dans ma rue ! Dans mon quartier où se croisent chaque jour des indiens, des turques, des kurdes etc… Je ne le crois pas. » Pourtant, je demande au flic qui me sourit et je me dis que la vieille dame doit être un peu à la masse. Au bout d’une vingtaine de minutes, on nous libère et je rentre chez moi.
Finalement, j’apprends que Sarkozy a effectivement emménagé rue d’Enghien : s’installer dans un quartier populaire : quelle opération politico-démago-populiste !
Quoiqu’il en soit, il n’y a rien à dire : on se sent en sécurité…

Pendant ce temps, rue d’Enghien…
C’était un dimanche ensoleillé. J’ouvre ma fenêtre. Dans l’après-midi, alors que je travaillais avec une amie, j’entends des bruits de manif. Je sors. J’ouvre la porte de l’immeuble et je vois une quinzaine de camions de flics dans ma rue ! Je m’approche des bruits de manif : un petit groupe tient une banderolle du 9ème collectif des sans papiers. S’en prenant à Sarkozy, ils demandent la régularisation de tous les sans papiers Rapidement, ils sont encerclés par environ cinquante flics. Les minutes passent. Mon amie connaît un des « badaud ». Ils nous apprends que les militants soutenant les sans-papiers ont envahit le QG et qu’ils se sont fait sortir. Petit à petit, les flics raccompagnent les militants jusqu’au bout de la rue. Ils contrôlent mon identité avant de m’autoriser à regagner mon appartement. Même s’il se la joue populiste, Sarkozy, il reste celui qui augmente les quotas d’expulsion…Et puis, quand même, 15 camions de flics et 50 flics, c’est pas un peu beaucoup pour 20 militants maxi ? N’empêche, il est bien gardé, ce QG…
Avec ça, il n’y a rien à dire : on se sent en sécurité…

Pendant ce temps, rue d’Enghien…
Jusque là, à part les flics, la voiture piégée, les actions de militants, rien ne pouvait indiquer la présence de Sarkozy dans ma rue. Lundi matin, il est devenu incontournable !!! A travers la vitre du QG, on voit un énorme portrait de lui où figure THE slogan de campagne : « Ensemble, tout est possible ! » Parce que oui, selon Sarkozy, ensemble, millionnaires et Rmistes, tout est possible ! Dans la rue, c’est l’agitation : entre les voitures, les flics, les camions qui livrent : rien n’est plus comme avant, rue d’Enghien. Le soir, c’est l’inauguration du QG. On apprend au 20h, que Cécilia Sarkozy, revenue avec son «cher et tendre », occupera quotidiennement les lieux. Peut-être vais-je la croiser, un de ces jours ?
Décidément, il n’y a rien à dire : on se sent en sécurité…

Pendant ce temps, rue d’Enghien…
Au début, on subissait. On observait les flics et les posters géants. Mais, maintenant, la résistance s’organise rue d’Enghien. On ne va quand même pas laisser Sarkozy squatter notre rue sans rien dire! « Appliquons à Nicolas Sarkozy la politique qu’il préconise à ceux qu’il veut exclure. Renvoyons-le à Neuilly » qu’ils écrivent, dans le blog que des habitants de la rue ont crée. Ils s’appellent le Comité RENTRE CHEZ TOI et ils se battent « contre les politiques qui veulent sans cesse séparer les gens. Les opposer. Diviser. Contre les expulsions. Contre les ségrégations, riches pauvres, quartiers riches quartiers pauvres, français étrangers, hommes femmes, hétéro homo, grand petit, Renault Peugeot, Pc Mac, Beatles Stones… ».
Alors, OK, il y a des flics au coin de chaque rue alentour ; OK, la vie des habitants est chamboulée par la lumière permanente du QG…Mais la mobilisation montre que Sarkozy n’est pas le bienvenu dans notre rue…et partout ailleurs !
Les habitants de la rue d’Enghien ont bien compris qu’il n’y rien à dire : on se sent en sécurité…

Pendant ce temps, rue d’Enghien…
Pour beaucoup d’entre nous, Sarkozy, ministre, c’était les fashball et la répression…L’Etat de siège dans lequel se trouve la rue d’Enghien depuis son installation laisse présager de notre avenir à tous s’il devient président. Chaque jour, à chaque coin de rue, un flic se tient debout. Derrière lui, sont garées deux camionnettes elles-mêmes remplies de flics. Un peu plus loin, au métro Bonne Nouvelle, sont stationnées sept camionnettes. Les trois quarts du temps, ils tchatchent, ils mangent, les flics. Mais, quelquefois, quand un jeune dont le faciès leur semble suspect se promène : ils l’arrêtent et contrôlent son identité. Un passant s’interpose : il se fait entourer illico. La semaine dernière, une manif de sans papier souhaitait se rendre au QG. La, les flics sortent de leur camionnette et encerclent pour « raccompagner » les manifestants le plus loin possible du QG. Il ne lésine pas sur les moyens, Sarkozy, pour protéger son QG ; en même temps, le fait d’être un candidat-ministre de l’intérieur, ça doit aider !
M’enfin, c’est clair qu’avec tout ça : il n’y a rien à dire, on se sent en sécurité…

Pendant ce temps, rue d’Enghien…
Lorsque Sarkozy s’est installé, on a appris qu’ils avaient changé le responsable RG du Xème : il fallait un mec sérieux parce que, quand même, c’est pas n’importe qui, Sarkozy…Dernièrement, on l’a vu à l’œuvre, le mec sérieux. D’abord, il a envoyé une lettre avec un questionnaire. Puis, au n°17 de la rue, juste en face du QG, il a organisé des petites visites d’une demi heure chez les habitants. Il ne s’agissait pas de faire connaissance, de créer de bonnes relations de voisinage : il s’agissait de scruter les apparts, d’expliquer qu’il fallait faire attention à ne pas accueillir des tireur d’élite chez soi… Déjà, lorsqu’on allait à la pharmacie ou à la boulangerie, on croisait des flics. Maintenant, lorsqu’on reste chez soi, il se peut qu’ils viennent jusqu’à nous : d’ici à ce qu’ils nous recommandent de quitter les lieux jusqu’à la fin de la campagne…C’est vrai, on sait jamais…Bon, à priori, ils ont pris les devants et nous faisons dorénavant sans doute partie de leur fichier. Attention, habitants de la rue d’Enghien, Big Brother vous regarde !
Mais n’ayons aucune crainte, les RG cherchent à nous protéger : il n’y a rien à dire, on se sent en sécurité…

Pendant ce temps, rue d’Enghien…
L’installation de Sarkozy dans la rue d’Enghien, c’est comme lorsqu’on est en grève ou en manifestation : ça transforme les relations entre les gens parce que naît une certaine solidarité. Notre quartier, en ce moment, c’est un peu ça…La présence de Sarkozy nous révolte et du coup, pour la première fois, on tchatche avec notre vendeur de légume auquel on avait rien dit de plus que : « bonjour », jusqu’à présent; on échange sur nos expériences mutuelles liées au nouvel arrivant : « l’autre jour, ils ont contrôlé le fils de ma voisine ! » ; « Et bien, moi, l’autre jour, ils ont interdit aux gens de mon immeuble de sortir de chez eux parce que Sarkozy venait et que notre immeuble jouxte son QG : c’est le gardien qui me l’a dit… ». Sur fond de colère, de résistance, des nouveaux liens se créent : « Si tu veux, je te montrerais la lettre des RG, tu n’as qu’à passer à mon boulot… » Peut être, avec ses flics et ses RG, Sarkozy croyait qu’on allait la boucler…En fait, dans notre quartier, il règne une atmosphère de colère et de mobilisation!!
Tout ça prouve bien qu’il n’y a rien à dire, on se sent en sécurité…

Pendant ce temps, rue d’Enghien…
La résistance fait tâche d’huile. D’un blog, elle est devenue latente chez de nombreux habitants qui, progressivement, se sont réunis en comité « Rentre chez toi » et « un charter pour Neuilly ». Les idées fusent. Le orange a été décrété couleur de la résistance à Sarkozy. Des initiatives artistiques sont à venir. Puis, la lutte a été reprise par les organisations politiques et associatives du quartier. Maintenant, c’est le Réseau Education Sans Frontières du Xème qui s’en empare. Avant, de nombreux sans papiers circulaient dans notre quartier. Maintenant, la chasse au faciès aidant, ils ont peur de passer dans le coin. Sarkozy a fait le nettoyage au karcher de la rue d’Enghien comme il l’a fait au gouvernement et comme il le préconise dans son programme. Pour autant, RESF fait le lien entre sa politique et sa présence dans le quartier. Le combat pour la régularisation de tous les sans papiers est à l’ordre du jour et un rassemblement est prévu.
L’ampleur que prend la mobilisation montre bien qu’il n’y a rien à dire : on se sent en sécurité…